21 novembre 2006

29. Le petit Diable

    Depuis qu’elle a trouvé comment fonctionnaient les boutons de l’ascenseur divin, Lucie est souvent en balade. En temps ordinaires, cela ne m’aurait pas posé de problèmes… enfin, pas trop, quoi. Sauf que là, je sais pas pourquoi, j’ai un mauvais pressentiment. Il faut que je descende moi-même pour voir si elle ne mijote pas quelque chose de fumeux.

    Et bon Sim ! J’ai bien fait de descendre ! Vous savez où je l’ai retrouvée, la satanée bourrique ? Penchée sur une roue de la voiture de mon fils !

    — Je peux savoir ce que vous traficotez, toute seule dans votre coin ? ai-je gueulé.

    J’ai d’ailleurs réussi l’exploit de lui faire peur… La pauvre a sursauté comme si elle avait vu le diable.

    — Ben… je regardais la marque des pneus, m’a-t-elle répondu.

    — Et vous croyez que je crois que vous croyez que je crois ce que vous dites ? Je vois bien ce que vous faites, ma cocotte. Vous êtes en train de fomenter un plan dans votre tête bien vide. Mais si vous pensez que je vais vous laisser faire, vous vous mettez le doigt dans l’ectoplasme jusqu’en enfer ! Allez hop, mauvaise graine ! On remonte, et plus vite que ça !

    Fallait voir la tronche qu’elle a tirée quand je l’ai choppé par la peau des fesses pour la ramener !

    Pendant que Lucie se faisait sonner les cloches, c’était l’anniversaire d’Iriaz. Le gamin a bien grandi et a adoré le grandissage express. S’il savait parler, je sais déjà ce qu’il dirait : encore, encore ! Mais dans le langage bien particulier des bambins, ça donne : aga, aga ! C’est bizarre, mais ça me rappelle quelque chose, ce « aga ».

    Bien que le pauvre Loïc n’ait pas réellement voulu de ce gosse, il a l’air quand même ravi de s’en occuper. Et le gosse aussi. Toute la journée, il court après son père en hurlant à pleins poumons : « AGAAA ! » Et le malheureux Loïc est bien obligé de faire quelque chose. Ç’aurait été moi, le mioche, je l’aurais bâillonné. Deux claques et au lit ! Ça marchait très bien quand Blood était bébé. Mais Loïc, il préfère le prendre dans ses bras et faire l’avion à grand renfort de « VROUUUUUUUUM ! GNIIIIIIIIIIII ! VRAOUM ! » Y a des fois où je me demande lequel des deux est adulte…

    Devinez qui revient d’entre les morts ? La furie noire ! La fameuse furie noire ! Celle qui a traumatisé mes enfants pour le restant de leurs jours. Celle qui pense qu’un complot tourne autour d’elle. Celle qui croit que des satellites espions sont dirigés pile poil vers sa chaise longue pendant qu’elle fait bronzette ! Sauf que cette fois, elle n’a pas pu crier sur mes gosses… encore heureux pour elle, je me voyais mal demander l’autorisation à Saint Sim de perpétrer un meurtre en bonne et due forme…

    C’est au salon de coiffure-galerie d’art de Cycy que nous la retrouvons. Cette petite cinglée avait peut-être décidé de jeter son dévolu sur ma gamine, mais ma Cylanne a été plus vite qu’elle. Elle te me la choppé pour la coller devant ses tableaux et a commencé à lui faire comprendre qu’elle avait graaaaaaaaaand besoin d’une œuvre d’art chez elle, que c’était obligatoire et que la caisse était juste derrière elle. Résultat : la furie venait pour mettre le brin, elle est repartie avec un tableau et un grand sourire aux lèvres. Ce n’est que le juste retour des choses !

    Ah mais c’est pas vrai ! Mais qu’est-ce qu’ils m’ont fait encore ? J’ai à peine le dos tourné que tout change ! C’est quoi encore, cette nouvelle maison ? Ah, les garnements ! Déjà que le porte-monnaie était bien flasque quand Blood a fait construire la nouvelle maison, mais alors là, je veux même pas imaginer dans quel état lamentable se trouvent les comptes de la famille. Non mais regardez-moi ça… des baies vitrées partout, un grand balcon, des fleurs… comme s’ils n’avaient pas déjà ça avec la deuxième baraque… Non, il a fallu qu’ils profitent de mon absence pour tout détruire et tout reconstruire ! Et notre cimetière avec vue sur la rue, il est où ? Vous le devinerez jamais… Ils ont casé nos tombes derrière le garage ! Comme vue, on fait mieux…

    — La maison était trop grande, maman, m’a dit Cycy quand je l’ai interrogée.

    Trop GRANDE ?! Une baraque dans laquelle vous étiez entassés… elle était trop grande ?! Nom de d’là d’Bon Sim ! Ils ont plutôt intérêt à amortir le coût des travaux parce que fantôme ou pas, je vais vite leur faire passer l’envie de changer de baraque toutes les semaines !

    Je suis peut-être furax de voir les frais engendrés par la folie des grandeurs de mes enfants, mais s’il y en a bien un qui ne l’est pas, c’est Iriaz. Lui, il a trouvé les nouvelles toilettes bien pratique d’accès. Un petit coup de boule dans la porte et le voilà en train de changer la salle de bain en pataugeoire grand luxe.

    Dites, vous trouvez pas qu’il ressemble vachement à sa sœur, point de vue caractère ? Manquerait plus qu’il explose le record du lancer de biberon. Bon, je ne peux pas nier que c’est un gosse adorable, seulement ses parents auraient mieux fait d’oublier de lui mettre des cordes vocales à la conception, parce que même de mon nuage, j’vous dit pas les tympans ! Depuis qu’Iriaz a compris que son père rappliquait quand il gueulait, c’est toutes les heures le même cirque. Un cri à droite, un cri à gauche ! Un de ces quatre, je vais descendre et expliquer à Evaline comment on élève un gosse !

    Pour le calmer, mamie Irène a trouvé LA solution : le gaver de lait-futé jusqu’à ce qu’il puisse plus rien avaler… Après, il est tellement KO  qu’on peut lui apprendre n’importe quoi, il ne protestera pas. Ah parce que je vous l’ai pas dit, mais pour lui faire prononcer correctement le mot « papa », c’est toute une galère, à tel point qu’on est limite obligé de le coller dans la chaise à bébé pour qu’il se calme.

    — Allez Iriaz, dis « papa »…

    Ouais, bah Loïc avait beau s’égosiller à lui faire dire ce mot, y avait rien à faire, le gosse voulait rien savoir. En pleine séance d’apprentissage, il préférait cavaler à quatre pattes pour aller plonger dans les toilettes plutôt que d’apprendre à parler.

    Le lait-futé, même si je n’avais jamais osé le dire de mon vivant, ça fait quand même des miracles. Regardez-le s’il est pas ch’tit mimi à faire popot tout seul ? Et dans le calme, s’il vous plait ! Un exploit. Ah, je vous prie de croire qu’avec les biberons bourrés de produits chimiques, son éducation fut vite expédiée, au môme. Le matin, il marchait à deux pattes (c’était pas une brillante idée de lui apprendre, d’ailleurs… maintenant il court pour aller patauger dans les toilettes). L’après-midi il allait tout seul sur le pot, et le soir il savait prononcer « les chaussettes de l’archiduchesse sont-elles sèches, archi-sèches… » !

    Comme quoi, on a beau dire, mais y a rien de tel qu’un lait dont on ne sait pas ce qu’il y a dedans… Tant que ça marche, on va pas être regardant sur la provenance.

Posté par ParkerJones à 16:47 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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