19 novembre 2006

28. Le sang-froid des Shar

    Ah lala… ça me rappelle nos belles années, cette vision, pas toi mon chou ?

    — C’est vrai qu’on était heureux quand on était jeune… Aussi heureux que nos gosses.

    C’est vrai. Mais tu sais, Fabby : c’est pas parce qu’on est mort qu’on est pas heureux, tous les deux. On en passe des bons moments, ici, sur notre nuage familial. Bon d’accord, si Lucie est dans les parages, les sourires passent vite aux grimaces mais  dans l’ensemble, je trouve qu’on est pas trop mal pour deux vieux croulants gisant au paradis.

    — Regarde-les, pupuce. Tu vois comment Blood et Irène dansent ? Ca te dirait pas qu’on fasse pareil, là, tout de suite et maintenant ?

    Laisse-moi le temps de regarder à droite et à gauche. Pas de Lucie dans le secteur… Allez mon chou, accompagnons-les.

    Eh bah, je comprends pourquoi Lucie n'était pas là pour nous ennuyer. Regardez où elle se trouve ! La gourde a profité que Fab et moi étions perdus dans un slow langoureux pour s’engouffrer dans l’ascenseur sans permission ! Que fais-je ? Je descends pour la remonter en express sans accusé de réception ou pas ?

    — Laisse-la donc vagabonder autour de la maison, me fait Fabrice. Pour le moment, elle se contente de regarder.

    Ouais bah, elle a intérêt de ne faire QUE regarder, parce que si je la vois mettre le nez DANS la maison, je fonce la récupérer par la peau des fesses et je te jure que la réception, elle va l’accuser un long moment ! Mais apparemment, Fabrice a raison. Pour le moment, elle fait le tour du propriétaire, seulement, d’après ce que je vois d’en haut, elle a pas l’air très contente, la cocotte. Pas étonnant quand on sait que Blood et Irène ont parfaitement réussi leur vie et qu’ils ont payé une magnifique maison à la famille. C’est pas la gourde qui aurait fait ça ! Pensez donc, sortir un seul simflouze de son porte-monnaie ! Pour elle, c’était la crise cardiaque assurée ! Crise cardiaque ? Rah, mais pourquoi on n’y a pas pensé plus tôt ?

    Pendant ce temps-là, à quelques lieues de là. Au lieu d’aller au salon de coiffure, Cycy avait décidé d’aller faire un brin de courses, histoire de s’offrir une nouvelle robe. C’est vrai que la sienne à beau être chouette, elle commence néanmoins à prendre de l’âge. Il est temps de changer. Pour une fois, je l’ai pas accompagnée. J’avais déjà fort à faire dans ma tête, je préparais un sermon d’enfer que j’allais balancer à Lucie une fois qu’elle serait remontée. Mais j’ai tout de même vu ce qui se passait en bas.

    Cycy était tranquillement en train de fouiller dans le rayon des robes style gothique quand une grande et belle dame a fait son apparition. J’ai tout de suite flairé le vampire. Peau grise, yeux rouges, dents longues… Et PAF ! V’la-t’y pas qu’au milieu du magasin, en public et devant ma fille, la gonzesse te choppe un mec au colback et le mord sans préliminaires ! La vache ! Heureusement que ma Cycy n’est pas une vampire affamée comme celle-là. En deux secondes et trois dixièmes, la vampire avait vidé le sang de sa proie et l’avait changé en créature de la nuit. Vous remarquerez évidemment le sang-froid incroyable dont Cylanne a fait preuve. Le type serait mort à ses pieds que ça ne lui aurait fait ni chaud ni froid…

    Tant que nous parlons de sang-froid, en voilà une qui en a ! Il en faut du courage pour se tordre de douleur sans hurler de peur de réveiller la maisonnée. Moi, j’ai jamais réussi. Fallait que tout le monde rapplique en vitesse et sans leur accord. Mais Eva, elle sait garder la tête glaciale quand il faut. Alors pour ne pas déranger les autres, elle a décidé de faire son bébé toute seule comme une grande, au milieu de l’entrée. Si bien que personne n’a su ce qui se passait, personne n’a vu la cigogne et personne n’a vu Evaline sur le point de s’écrouler par terre !

    Et bien entendu, comme personne n’était là, et bien personne n’a pu assister à l’arrivée du petit garçon. Eva l’a appelé Iriaz. J’aime bien, c’est joli. Ca fait un peu gonzesse mais qui sait si le gars ne passera pas du côté des efféminés de la calebasse une fois adulte ? Après tout, j’ai jamais dit que la famille Shar était une famille parfaite… Il peut y avoir des dérapages, parfois. Comme Lucie… et aussi l’idylle entre Farlan et sa cousine… J’en suis blasée rien que d’y penser.

    Une chose est sûre pour le moment, le petit Iriaz a déjà une meilleure bouille qu’Héliana à son âge. Espérons que ça continuera à s’améliorer par la suite. Je veux pas que toute la famille ait une tête carrée et allongée à la Lucie, non merci ! Elle nous a déjà bien empoisonné la vie, celle-là, manquerait plus que ça continue sur dix générations ! Si jamais Iriaz se révèle plus prometteur que sa sœur, je vous prie de croire que je fais de lui l’héritier officiel de la dynastie des Shar !

    Pour fêter la venue d’Iriaz, toute la famille s’est réunie autour d’un bon dîner sans chandelles (ces dernières ayant sombré dans le tremblement de terre… si c’est pas malheureux… des candélabres qui me venaient de ma grand-mère !) C’était un repas de gala, ce soir : hamburger pour tout le monde. Bon, faut dire que c’est Loïc qui s’est collé à la cuisine pour faire plaisir à sa petite femme, alors forcément, le menu s’en est retrouvé limité. Le dessert, c’était crème au chocolat surgelée… ça me fait mal à l’estomac rien que d’y songer. Mais c’est l’intention qui compte, n’est-ce pas ?

    Trop fatiguée d’avoir porté une cigogne pendant 9 mois, Eva était partie se coucher en laissant le reste de la famille discuter. Tout le monde était perdu dans une grande conversation sur les pénitenciers, et comme Loïc fait partie de la maison poulaga, il a bien été forcé de donner son avis.

    — Mais vous savez, il ne faut pas croire ce que l’on dit sur les gardiens de prison. Certains sont très convenables.

    Cette conversation très sérieuse a achevé la pauvre Héliana qui ne comprenait rien. V’là-t’y pas qu’elle s’est écroulée de sa chaise, à moitié dans les pommes. Et qu’ont fait les autres, pendant ce temps-là ? Eh bien, ils ont gardé tout leur sang-froid et ont continué de bavasser tranquillement… navrant…

    Décidément, on pourra dire que Cylanne ne se laisse jamais abattre. Elle a à peine fait des guili-guili en apnée avec un inconnu qu’elle l’implore déjà à genoux de se fiancer avec elle. C’était pas vraiment ce que je lui avais conseillé, mais bon, ce que vampire veut… je vais pas la contrarier, elle serait encore fichu de bouffer le pauvre Laurent qui n’a rien demandé à personne ! Remarquez, elle peut bien se fiancer, c’est pas là le problème. Ce qui m’inquiète, c’est si elle se met en tête de l’épouser… D’une part, ils vont se sentir serré même dans cette grande maison, mais en plus, ça risque de faire exactement comme avec le comte. Un cercle vicieux… Le comte s’est jeté dans la piscine et Laurent finira par faire de même lorsqu’il refusera tout net de se faire changer en vampire pour passer le restant de sa vie avec Cycy. Parce que Cycy ne lui pardonnera pas de l’abandonner en restant mortel, etc. etc. Quand je disais que c’était un cercle vicieux. Mais peut-être que je me projette un peu trop loin dans l’avenir. J’y peux rien, c’est comme ça. Même en haut d’un nuage, je cherche à protéger mes gosses, quand bien même ils n’ont pas besoin d’un fantôme pour les rappeler à l’ordre. Allez, laissons faire un peu le destin, on verra où il mènera Cycy…

Posté par ParkerJones à 18:49 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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